Le 10 septembre 2026, Station F a accueilli la 12e édition des Universités d’Été de la Cyber et du Cloud de confiance. Signature du Pacte numérique et IA, annonces gouvernementales, sortie maîtrisée de Microsoft au ministère des Armées, débats sur la commande publique : retour sur les temps forts d’une journée placée sous le signe de l’action.
« Nous avons une équipe de France du numérique »
Jean-Noël de Galzain, président Hexatrust, a ouvert la journée avec un message clair : la réussite de Mistral ne doit pas être « l’arbre qui cache la forêt ». Derrière notre champion de l’IA, il y a tout un écosystème, que le Cyberpanorama rend visible. « La France, c’est l’écosystème de l’IA en Europe », a-t-il rappelé.
Il a aussi souligné que les champions du numérique sont aujourd’hui américains, et que leur essor s’est d’abord appuyé sur la commande publique.
Son appel : « Pour grandir, notre industrie a besoin de commandes. Créons un lien nouveau avec l’État. »
Anne Le Hénanff : « choisir plutôt que subir »
Pour la ministre déléguée chargée de l’IA et du Numérique, « être souverain, ce n’est pas se couper du monde, c’est cartographier nos dépendances. Nous devons être capables, sur des briques critiques, de choisir plutôt que de subir. »
Elle a annoncé la création d’un observatoire de la sûreté du numérique, un travail de cartographie des données des ministères et une doctrine « make or buy » pour la commande publique. Elle a également rappelé l’engagement de la France en faveur de la préférence européenne.
Sa conclusion : « L’Europe a tout ce qu’il faut pour conquérir sa souveraineté. Nous avons maintenant la méthode. Nous n’avons pas le choix, parce que nous n’avons plus le temps. »
David Amiel : « l’État veut être un client »
Pour le Ministre de l’Action et des Comptes publics de France David Amiel a dressé un constat sans détour : plus de 80 % des produits numériques consommés en Europe sont extra-européens. « Il s’agit de passer aux actes et de dépasser les frontières entre le public et le privé. »
Il a aussi appelé à changer de logique : « En France, on est les pros de l’expérimentation. On ne peut plus se le permettre. Notre horizon doit être le passage à l’échelle. » Pour lui, le Pacte « n’est pas un aboutissement, c’est le début d’une nouvelle page. Ce qu’on a fait pour la défense, il faut le faire pour les données et les logiciels. »
Le temps fort : la signature du Pacte numérique et IA
La signature du Pacte a marqué la matinée. Au-delà du symbole, c’est une feuille de route : « Ce n’est pas un simple texte, c’est le début du travail. »
Table ronde : la résilience, c’est la liberté d’action
Le Général Erwan Rolland a détaillé la sortie de Microsoft au ministère des Armées. La décision est prise, elle se fera en trois ans et en trois étapes : la bureautique, puis les systèmes d’exploitation, puis les annuaires d’entreprise. Certaines briques seront conservées pour l’interopérabilité.
Cédric Mermilliod, CEO Oodrive a tordu le cou à une idée reçue : « Cette musique selon laquelle les solutions françaises seraient moins efficaces, on l’entend en permanence. C’est faux. Il ne faut pas parler de qualité mais de critères. » Il a également salué le Cyberpanorama Hexatrust : « Aujourd’hui, c’est facile de trouver ce qu’on cherche. Passez par Hexatrust ! »
Marc Darmon a résumé l’enjeu : « L’autonomie, ce n’est pas l’autarcie, c’est choisir ses sujets. »
Table ronde : IA, menaces et choix des solutions
Le Cesin a listé les critères de choix d’un RSSI : répondre au besoin, le coût, les compétences pour exploiter l’outil, l’intégration dans l’existant. Joffrey Celestin urbain, Président du Campus Cyber a pointé le défi majeur : passer de la « start-up nation » à la « scale-up nation », grâce à une co-ingénierie de l’offre par la demande.
Un constat marquant : les grandes entreprises considèrent aujourd’hui que leurs menaces viennent souvent de leurs partenaires ou de leurs fournisseurs. Et une mise en garde : se cybersécuriser avec des technologies d’IA non souveraines revient à créer une nouvelle dépendance.
CyberPanorama : pourquoi on écarte “encore” les acteurs français
La présentation du Cyberpanorama a mis en lumière quatre raisons avancées pour écarter les solutions françaises :
- le prix, ce qui est une erreur ;
- l’échelle ;
- l’absence de support « follow the sun », une fausse excuse ;
- la simple méconnaissance de l’offre.
D’où l’importance du Cyberpanorama, qui référence les acteurs par spécialité. C’est un projet de filière ouvert à tous.
La cyber, un enjeu de gouvernance
De retour sur scène, Anne Le Hénanff a rappelé que la cyberattaque contre la DGFiP « a marqué un tournant » : « La cyber n’est pas seulement une affaire de techniciens, c’est un enjeu de gouvernance. »
Elle a ensuite détaillé l’enveloppe de 200 millions d’euros annoncée par le Premier ministre dans le cadre de France 2030 :
- 76 M€ pour les technologies nécessaires pour relever les défis de l’IA appliquée à la cyber et de la cryptographie post-quantique ;
- 63 M€ pour accroître la résilience de la Nation face aux menaces cyber et à la manipulation de l’information, et renforcer notre autonomie stratégique dans le domaine cyber ;
- 61 M€ pour soutenir la montée en gamme et le passage à l’échelle de l’écosystème cyber français.
Face au « raz-de-marée » annoncé de l’IA américaine, son message aux acteurs du secteur est clair : « Vous avez besoin de nous et nous avons besoin de vous. »
Marchés publics : du référencement à la commande
L’UGAP et la CNAF ont confronté leurs visions. Pour l’UGAP, sécurité juridique, performance prix et facilité d’achat ne suffisent plus : la maîtrise des dépendances devient centrale. La centrale d’achat veut élargir son catalogue et mieux mettre en avant les éditeurs, notamment en cyber.
Mais elle prévient : « Il ne suffit pas d’être référencé pour que les commandes arrivent. Il faut investir dans la force commerciale. » La CNAF a, elle, défini ses critères de souveraineté : pas d’extraterritorialité, pas de « kill switch », et la proximité.
Le rôle de l’État : NIS 2, l’urgence
Philippe Latombe a dénoncé les deux ans d’attente du projet de loi Résilience et la non-transposition de NIS 2, qui « amoindrit la voix de la France ». La DGE l’a affirmé : « La préférence européenne n’est plus un tabou. »
Clôture : « ce n’est pas l’hiver, c’est l’automne précoce »
Vincent Strubel, Directeur Général ANSSI est revenu sur un été de cyberattaques qui touche à « la crédibilité de l’État » : « Il y aura des attaques dans les prochains mois. » Face à cela, il y a un besoin énorme d’audits, de réponse à incident et de produits.
NIS2 non transposée « est une contrainte, pas une excuse pour ne pas agir ». Vincent Strubel a salué la signature du pacte numérique et IA « concentré sur les besoins et les solutions ».

